Taux de réussite en licence de sciences : les chiffres officiels
Sciences et santé affiche le taux de réussite le plus bas des grands groupes disciplinaires, alors même que c'est la filière qui recrute le plus de bacheliers généraux. Les chiffres officiels, et leur explication.
- En sciences et santé, 30,3 % des bacheliers obtiennent leur licence en trois ans et 43,8 % en trois ou quatre ans, le taux le plus bas des grands groupes disciplinaires.
- C'est pourtant la filière qui accueille le plus de bacheliers généraux (88,1 %) : le problème n'est pas le niveau d'entrée.
- L'écart le plus fort ne vient pas de la filière mais de la mention au bac : 74,9 % pour les « Très bien », 54,2 % pour les « Assez bien ».
Les chiffres officiels, et d'où ils viennent
Les données ci-dessous proviennent de la Note Flash SIES n° 30 de novembre 2024, publiée par le ministère de l'Enseignement supérieur. Elle suit les bacheliers 2019 inscrits en première année de licence à la rentrée 2019, et mesure combien ont obtenu leur diplôme.
| Groupe disciplinaire en L1 | Bacheliers généraux | En 3 ans | En 3 ou 4 ans |
|---|---|---|---|
| Droit, sciences politiques | 86,8 % | 33,8 % | 47,3 % |
| STAPS | 82,9 % | 35,5 % | 46,2 % |
| Sciences économiques, AES | 82,0 % | 34,7 % | 45,8 % |
| Arts, lettres, langues, SHS | 78,8 % | 35,8 % | 45,7 % |
| Sciences - santé | 88,1 % | 30,3 % | 43,8 % |
| Ensemble | 82,7 % | 34,3 % | 45,7 % |
Ce qui pèse le plus : la mention au bac
À filière égale, le facteur le plus discriminant est le résultat obtenu au baccalauréat. La réussite en licence atteint 74,9 % chez les bacheliers mention « Très bien », 68,7 % pour les « Bien » et 54,2 % pour les « Assez bien ».
Cela ne signifie pas que le sort est joué. Cela signifie que les habitudes de travail acquises avant l'entrée à l'université pèsent plus que le contenu des cours, et qu'elles se rattrapent, mais volontairement, pas par hasard.
La première année est le vrai filtre
Toutes disciplines confondues, le taux de passage en deuxième année s'établit à 47,8 % à la session 2023, en progression de 3,8 points. En sciences et santé, il monte à 48,6 %, le meilleur de tous les groupes disciplinaires, devant les STAPS (45,9 %). Le redoublement en première année concerne 25,4 % des inscrits.
Ce contraste mérite d'être lu correctement : les étudiants en sciences passent en L2 un peu plus souvent que les autres, mais obtiennent leur licence un peu moins souvent. La casse ne se concentre donc pas uniquement en première année, elle se répartit sur les trois.
Les femmes obtiennent leur licence à 50,5 %, les hommes à 38,4 %. La Note Flash attribue cet écart, au moins en partie, à un meilleur profil scolaire moyen : les étudiantes sont plus nombreuses à détenir un baccalauréat général (+3,6 points) et à avoir obtenu une mention « Très bien » ou « Bien » (+9,1 points).
Comment lire ces chiffres quand on est concerné
Un taux de réussite décrit une population, pas une trajectoire individuelle. Ce qu'il indique d'utile, c'est où ça casse : au premier semestre de première année, sur le format des partiels, et pas sur la difficulté intrinsèque des notions de biologie.
C'est aussi ce que disent les enseignants : les étudiants qui décrochent ne sont presque jamais ceux qui ne comprennent pas le cours, mais ceux qui découvrent trop tard qu'un semestre entier se révise en quinze jours.
Le paradoxe des sciences : meilleurs profils, moins bons résultats
C'est le résultat le plus contre-intuitif de la Note Flash. Sciences et santé est le groupe disciplinaire qui recrute le plus de bacheliers généraux de toute l'université, 88,1 %, devant le droit (86,8 %) et loin devant les lettres et langues (78,8 %). Et c'est celui qui affiche le plus mauvais taux de réussite : 43,8 % en trois ou quatre ans, contre 47,3 % en droit.
L'écart est encore plus net sur la réussite en trois ans, celle qui compte quand on veut enchaîner sur un master : 30,3 % en sciences, contre 34,3 % en moyenne et 35,8 % en arts, lettres et langues. Les étudiants en sciences sont donc les mieux préparés à l'entrée et les plus nombreux à prendre une année de retard.
Deux réserves de lecture, pour être honnête avec les chiffres. Le groupe « sciences-santé » inclut les parcours d'accès aux études de santé, et 5,6 % des néo-bacheliers de ce groupe rejoignent une formation de santé plutôt que de poursuivre en licence : ces départs pèsent mécaniquement sur le taux. Et deux sous-groupes font moins bien que les sciences : l'AES (39,6 %) et les langues (40,4 %). Parmi les cinq grands groupes, les sciences restent malgré tout au dernier rang.
Ce qui distingue vraiment les sciences, c'est la forme de l'évaluation : des partiels lourds, peu nombreux, portant sur un semestre entier, avec des travaux pratiques qui s'ajoutent au reste. À niveau d'entrée égal, c'est le format qui fait la différence, pas la difficulté des notions.
Ce que les taux ne disent pas
Un taux d'obtention du diplôme mélange deux populations très différentes : ceux qui échouent aux examens, et ceux qui se réorientent. La Note Flash les distingue pour la cohorte suivante : sur les néo-bacheliers 2022, 11,4 % se sont réorientés vers une autre formation que la licence à la rentrée 2023, et 15,3 % ne se sont pas réinscrits du tout dans l'enseignement supérieur. Soit plus d'un sur quatre qui quitte la licence sans y avoir forcément échoué.
La statistique décrit donc autant un flux d'orientation qu'un niveau académique. C'est une raison de plus de ne pas lire ces pourcentages comme un pronostic personnel.
Où se joue réellement l'échec
Trois causes reviennent chez les étudiants qui décrochent : le passage d'un contrôle par chapitre à un partiel par semestre, l'absence de cadre horaire imposé, et une méthode de révision héritée du lycée qui ne tient plus à ce volume. Aucune des trois ne relève du niveau scientifique, ce que confirme le profil d'entrée de la filière.
L'origine sociale pèse aussi, et lourdement : 53,8 % des étudiants issus d'un milieu très favorisé obtiennent leur licence en trois ou quatre ans, contre 38,1 % de ceux issus d'un milieu défavorisé. Un écart de quinze points, du même ordre que celui entre une mention « Très bien » et une mention « Assez bien » au bac.
Ce que font ceux qui passent
Les écarts de réussite tiennent moins au temps de travail qu'à sa répartition. Réviser un chapitre dès qu'il est terminé, puis y revenir à intervalles croissants, coûte moins d'heures qu'un bachotage de fin de semestre et résiste beaucoup mieux à l'oubli.
La méthode complète est détaillée dans notre article sur la façon de réussir ses partiels de SVT en licence.
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